Cinquante ans après, l'ascension de la Directe de l'Amitié aux Grandes Jorasses continue de fasciner
En 1974, une équipe de quatre alpinistes a tracé l'une des voies les plus exigeantes des Alpes, la célèbre Directe de l'Amitié, sur la face nord des Grandes Jorasses. Un demi-siècle plus tard, cette prouesse continue d'inspirer, comme en témoigne le film de Bertrand Delapierre, « Libérez la Directe ». Ce documentaire captivant explore non seulement l'évolution de l'alpinisme mais aussi l'attrait indéfectible de cette paroi emblématique. Il suit le parcours des frères Louna et Tristan Ladevant, des athlètes d'élite en escalade de glace, accompagnés de Mathieu Maynadier, un alpiniste chevronné des Jorasses. Leur objectif : conquérir la Directe en libre, en utilisant les techniques modernes du dry tooling.
Le film offre une immersion riche et nuancée dans le monde de l'alpinisme, confrontant l'audace des pionniers de 1974 aux techniques sophistiquées d'aujourd'hui. À travers des images d'archives inédites et des séquences contemporaines époustouflantes, il met en lumière les défis surmontés par les grimpeurs et leur quête incessante de l'excellence. Au-delà de la performance sportive, « Libérez la Directe » est une ode à la persévérance, à la camaraderie et à la passion qui animent ces hommes face à l'immensité et à la grandeur des Grandes Jorasses.
L'héritage de 1974 et la nouvelle génération
En 1974, Yannick Seigneur, Marc Galy, Louis Audoubert et Michel Feuillarade ont accompli un exploit mémorable en ouvrant la Directe de l'Amitié, une voie jugée extrêmement difficile à l'époque, caractérisée par une escalade artificielle ardue et une patience infinie. Cette aventure hivernale épique, immortalisée dans le film d'époque « Les Jorasses aux limites de l'absurde », est le point de départ du documentaire de Bertrand Delapierre. Ce dernier met en scène une nouvelle génération d'alpinistes – les frères Louna et Tristan Ladevant, champions de dry tooling, et l'expérimenté Mathieu Maynadier – qui se lancent le défi de parcourir cette même voie en libre, cinquante ans plus tard. Le film crée un dialogue fascinant entre les deux époques, en intégrant des images d'archives qui rappellent l'esprit joyeusement audacieux de l'alpinisme d'antan, où l'engagement en montagne s'accompagnait de moments de convivialité et d'humour. La rencontre avec Marc Galy, l'un des ouvreurs originaux, ajoute une profondeur historique et émotionnelle, soulignant la continuité de cette passion pour la verticalité.
Le documentaire « Libérez la Directe » excelle à montrer la transformation des pratiques alpines sur un demi-siècle. Il illustre comment le dry tooling, une technique combinant l'escalade sur rocher avec l'utilisation de piolets et de crampons, a révolutionné l'approche des terrains mixtes. Des passages qui nécessitaient autrefois un recours intensif aux étriers et aux pitons peuvent désormais être franchis en escalade libre, avec une agilité et une rapidité inspirées de la compétition. Les séquences d'escalade sont non seulement spectaculaires mais aussi pédagogiques, permettant au spectateur de saisir l'ingéniosité et la maîtrise technique requises. Le film ne se contente pas de célébrer les performances individuelles, mais il explore également la relation complexe et parfois conflictuelle entre les cordées. L'épisode où la première ascension en libre leur échappe de justesse à cause d'une autre équipe de jeunes alpinistes met en lumière la compétition inhérente à ce sport, tout en soulignant la sportivité de Mathieu Maynadier, qui reconnaît que la montagne appartient à tous. Cette narration honnête enrichit le récit en dévoilant les rivalités et les défis imprévus qui jalonnent la quête de ces sommets mythiques.
Les défis de l'ascension et la résilience des grimpeurs
L'aventure des frères Ladevant et de Mathieu Maynadier débute au printemps 2024, mais les conditions météorologiques rigoureuses des Grandes Jorasses et un échec au Pakistan contrarient leurs premières tentatives. En avril 2025, alors que les étoiles semblent s'aligner, une violente tempête de vent les force à battre en retraite, juste avant d'atteindre le sommet. La déception est palpable, d'autant plus qu'une autre équipe de jeunes grimpeurs réussit la première ascension en libre de la Directe de l'Amitié quelques mois plus tard, leur ravissant ainsi l'objectif tant convoité. Mathieu Maynadier, malgré sa déception, affiche une grande noblesse d'esprit, soulignant que la montagne appartient à tous. Le film capte avec authenticité ces moments de doute et de résilience, révélant les émotions profondes et la ténacité des alpinistes. Cette capacité à se relever après un échec, à réévaluer la situation et à persévérer, est au cœur de l'esprit alpin, illustrant que le succès n'est jamais garanti et que le chemin est souvent semé d'embûches.
Malgré les revers, Louna Ladevant continue son parcours de compétiteur avec brio, remportant plusieurs étapes de la Coupe du monde d'escalade sur glace durant l'hiver 2025-2026. Cette préparation de haut niveau alimente directement son projet alpin, lui conférant une force et une technique exceptionnelles. Cependant, un nouvel imprévu survient lorsque Tristan se blesse en compétition, laissant Louna et Mathieu seuls pour la prochaine tentative. En avril 2026, ils retournent aux Grandes Jorasses et, cette fois, la Directe de l'Amitié cède. Louna réalise une ascension à vue impressionnante de la quatorzième longueur, le crux de la voie coté M9+, démontrant sa maîtrise hors pair. Finalement, les deux alpinistes atteignent le sommet, marquant l'aboutissement d'années de préparation et de détermination. Le réalisateur Bertrand Delapierre, maître de son art, offre des images exceptionnelles de la face nord, notamment des séquences de drone qui révèlent l'immensité et la difficulté de cette paroi emblématique. Le récit, clair et vivant, mêle habilement les archives historiques aux images contemporaines, créant un dialogue entre les époques et rappelant que la face nord des Grandes Jorasses demeure une formidable aventure humaine et sportive.
