L'ALPINISME

Aidan Roberts : La quête des limites humaines en escalade de bloc

Aidan Roberts : La quête des limites humaines en escalade de bloc

À l'âge de 28 ans, Aidan Roberts se distingue comme l'un des rares athlètes à maîtriser l'escalade de bloc de niveau 9A. Au-delà des performances chiffrées, le grimpeur britannique privilégie une approche axée sur l'exploration gestuelle et la recherche de mouvements novateurs. Actuellement basé en Californie, près de Yosemite, il a été interviewé lors d'un rassemblement d'athlètes Patagonia dans le Val di Mello, où il a partagé sa passion pour l'inconnu, sa perspective nuancée sur les cotations et sa pratique du très haut niveau.

Né en 1998, Aidan Roberts a développé ses compétences dans le Lake District, berceau de l'escalade britannique. Ayant débuté l'escalade relativement tard, il a d'abord participé à des compétitions avant de délaisser les circuits internationaux pour le rocher. Cette transition l'a rapidement propulsé parmi les meilleurs bloqueurs mondiaux. En 2022, il a réussi la deuxième ascension d'Alphane (9A) de Shawn Raboutou, puis, en 2024, il a ouvert deux blocs classés 9A : Spots of Time, près de sa maison familiale dans le Lake District, et Arrival of the Birds, en Suisse. Ces réalisations l'ont placé au sommet de l'élite mondiale du bloc.

Dans le nord de l'Angleterre, Roberts a été formé par Dan Varian, un grimpeur prolifique du Lake District et du Northumberland, et co-fondateur de Beastmaker. Il le décrit comme un mentor et une source d'inspiration majeure. Désormais installé à Berkeley, en Californie, Roberts passe une partie de l'hiver à Yosemite, où il se concentre sur des projets extrêmes tels que Six Degrees et Distillery. Cette relocalisation s'accompagne d'un changement profond dans son approche : autrefois adepte de la recherche solitaire, il privilégie désormais le partage de ses projets avec un cercle restreint de grimpeurs, reconnaissant la puissance de la collaboration.

Interrogé sur son évolution, Aidan Roberts reconnaît que sa trajectoire a longtemps été dominée par des défis extrêmes. Il apprécie l'aspect cérébral de l'escalade, considérant chaque bloc difficile comme un puzzle complexe et stimulant. Sa curiosité insatiable est le moteur de sa quête de difficulté. Cependant, son approche a évolué d'une recherche individuelle à une intégration communautaire. À Yosemite, il a trouvé une petite communauté de grimpeurs avec qui il partage ses projets. Cette collaboration lui permet de prendre du recul, d'être plus rationnel et patient, et de découvrir des solutions inattendues.

L'attention aux détails est cruciale dans l'escalade de haut niveau. Aidan Roberts consacre des heures à analyser les positions des doigts, les mouvements et les placements des pieds. Il souligne l'importance d'une approche systématique et analytique, mais aussi la créativité nécessaire pour innover. Bien qu'il se considère comme le mieux placé pour comprendre sa propre escalade, il reconnaît la valeur des perspectives extérieures. Les conseils d'autres grimpeurs, quel que soit leur niveau, peuvent apporter des solutions inédites et stimuler la réflexion.

Roberts aborde la question des cotations avec une perspective pragmatique. Il reconnaît leur utilité pour communiquer la difficulté d'un bloc à l'échelle mondiale, permettant ainsi aux grimpeurs de comprendre la portée d'une ascension. Cependant, pour lui, la cotation est moins importante que le processus d'escalade lui-même. Il s'efforce de ne pas se focaliser sur la cotation avant d'avoir terminé un projet, car son objectif principal est de réussir le bloc. Il admet que proposer une cotation précise est un défi, surtout après avoir consacré beaucoup de temps à un projet. Il regrette que la cotation devienne souvent l'unique récit d'une ascension, occultant ainsi les riches expériences d'apprentissage, de patience et de connexion humaine vécues durant le processus.

L'incertitude inhérente aux premières ascensions est ce qui attire le plus Aidan Roberts. Il ne cherche pas nécessairement à savoir si un bloc est physiquement réalisable pour l'être humain, mais plutôt s'il est possible pour lui, dans des conditions spécifiques. Ce « point d'interrogation » est la source de sa curiosité. Le doute fait partie de l'aventure, et il estime que ne pas douter signifierait ne pas s'efforcer suffisamment. Roberts est convaincu que les limites humaines en escalade sont encore loin d'être atteintes et qu'une grande curiosité est nécessaire pour les repousser. Il exprime son admiration pour les grimpeurs qui explorent, développent et découvrent de nouvelles lignes, reconnaissant la valeur du chemin lent et créatif par rapport aux répétitions.

Concernant l'utilisation des « répliques » pour la préparation, Aidan Roberts admet que la question n'a pas de réponse définitive. Il apprécie l'entraînement et l'analyse de ses faiblesses pour les améliorer. Les répliques peuvent être un outil efficace pour la préparation, permettant de réduire le temps et les voyages nécessaires pour un projet. Il souligne l'avantage environnemental de cette approche, notamment pour des blocs comme « Burden of Dreams ». Pour les grimpeurs dont le temps est limité, les répliques peuvent optimiser la préparation.

Roberts n'est pas inquiet de la « scientificisation » de l'escalade. Il estime que, contrairement à d'autres sports, l'escalade est unique en raison de la diversité des grimpeurs de haut niveau. Il n'existe pas de formule universelle pour créer le grimpeur parfait. La science peut innover et améliorer l'entraînement, mais la créativité et la compréhension des besoins individuels resteront essentielles. Il souligne l'importance de s'inspirer de mentors comme Dan Varian, qui l'a aidé à développer sa propre approche analytique et systématique de l'escalade.

Bien qu'ouvert à l'idée de s'orienter vers d'autres formes d'escalade, Aidan Roberts reste passionné par le bloc. Si son inspiration pour le bloc venait à faiblir, il se tournerait probablement vers l'escalade traditionnelle plutôt que sportive. Ce qui l'attire dans le bloc, c'est la complexité des mouvements individuels et la résolution de puzzles, par opposition à l'efficacité et la résistance requises dans les voies.

Le grimpeur a également évoqué ses choix de voyage respectueux de l'environnement, notamment la traversée de l'Atlantique en bateau. C'est un dilemme pour de nombreux professionnels conscients de leur impact. Ces expériences de voyage sans avion ont enrichi ses aventures. Cependant, la situation est devenue plus complexe avec son installation aux États-Unis et la naissance d'un enfant dans sa famille au Lake District. Il doit trouver un équilibre entre sa carrière, sa vie familiale et ses engagements environnementaux. Il s'efforce désormais de limiter ses voyages en Europe à un seul par an, y restant pour de longues périodes et utilisant le train pour se déplacer.